dimanche 9 novembre 2014

Le choc


Kandy, Sri Lanka


Par le hublot de l’avion qui m’emporte vers le Sri Lanka, je jette un dernier regard sur l’Inde. Content de partir, mais néanmoins un pincement au cœur. Un pays attachant. J’y reviendrais, c’est sûr. Mais, cap au sud-est, direction l’aéroport de Colombo.

Le vol est bref, à peine une heure. Le passage de l’immigration n’est qu’une simple formalité. Le pays demande que l’on fasse une demande de visa préalable sur le net et on doit en principe fournir à notre arrivée le billet retour, ainsi qu’une attestation de ressources suffisantes pour couvrir le séjour ici. En réalité, ils ne demandent rien. Juste un gros sourire et un coup de tampon sur le passeport. Ah oui, ils offrent quand même un coffret de bienvenue aux étrangers qui contient entre autre une carte SIM gratuite pour et un sachet de thé. Ceylan oblige…

Devant l’aéroport, les taxis se bousculent. J’en prends un au hasard et lui demande de me conduire vers une guest house à Négombo, à sept kilomètres de l’aéroport. Et là, le choc !
Les rues sont propres, claires, aérées. Les véhicules circulent normalement, comme si il y avait des règles. Pas de coup de klaxon permanent. Les motards portent des casques. On s’arrête au feu rouge. Ce n’est pas surpeuplé. J’ai l’impression d’arriver dans un autre monde. Je me rends compte à quel point j’avais fini par intégrer et trouver normal la vie indienne. C’est absolument fou !

La guest house que j’ai choisie est en bord de plage. Non, plutôt sur la plage. Un bain s’impose donc. L’eau est chaude, presque trop, mais je ne vais surtout pas me plaindre. Je rencontre un français qui lui aussi vient d’arriver pour trois semaines. Un professionnel de la route et de la fête. Il travaille en effet quatre mois par an à Ibiza ou il vend des tickets d’entrée dans les clubs de l’ile, puis deux mois de l’année au Brésil. Le reste du temps il voyage. Ça fait 20 ans qu’il fait ça et voyage seul… Le contact est bon et nous passons la soirée ensemble à boire de la bière et à nous régaler de poisson frais. Comme il prend la route de Kandy, nous décidons de faire un bout de chemin ensemble.

Le lendemain matin, on a réussi à prendre le train. Ça a été sportif. En effet, nous prenons en route un train partit de Colombo en direction de Kandi. Quand il arrive à notre gare, le train est bondé. Non, pas bondé comme chez nous, bondé comme ici. C’est-à-dire qu’il n’y a tellement plus de place à l’intérieur que les gens voyages accrochés par grappe sur les marchepieds. Donc pour nous deux sur le quai avec nos sacs à dos, ce n’est pas simple. Sans se consulter, on opte simultanément pour la solution « bourrins ». Droit devant, et on pousse fort. On finit par arriver à s’accrocher à la grappe et le train démarre. Heureusement le train commence à se vider dès la station suivante et le reste du voyage si il ne se fait pas dans le confort, se fait au moins à l’intérieur du train.
Ce que je vois du pays durant ce voyage conforte ma première opinion. L’ile est à classer dans la catégorie « paradis tropical ». C’est bien cool !

A Kandy, nous « récupérons » Céline. Jeune française qui comme nous affronte la meute de rabatteurs en tout genre à la sortir de la gare. Nous décidons d’unir nos forces pour trouver un logement. Sébastien est au top pour la négociation et nous obtient un tarif défiant toute concurrence dans un superbe hôtel. Il faut dire qu’ici ce n’est pas l’inde. Les prix sont multipliés par deux et demi. Donc, question budget, ça va être chaud. Pas de chambre à moins de 15 €…Mais bon, vu que je partage la chambre avec Seb, pour le moment ça le fait, mais je vais sans doute exploser mon budget. Initialement prévu à 30 €/jour sur la durée du séjour, le Sri Lanka sera sans doute une étape « couteuse ». Je ferais le point dans quelques jours.

Nous voilà donc à Kandi. Prêt à partir à la découverte du pays. Seb et moi avons  décidé de louer des motos, Céline repart de son côté. Ça devrait nous permettre d’être plus libre et sortir un peu des sentiers battus. Car le pays est touristique. Très touristique, ce qui explique les tarifs pratiqués. L’entrée de certains sites coûte 30 dollars. Autant dire qu’il faudra être sélectif quant aux visites ou alors dormir à la belle étoile…

Bon, ce n’est pas gagné pour les motos. Les prix sont tout simplement le double de ce que j’avais pu voir sur Colombo. J’avais négocié un tarif à 10 dollars/jour et là, je ne trouve rien à moins de 25 dollars. C’est vraiment un coin à touriste ! Ce sera donc bus ou train dans un premier temps et je verrais bien si en chemin je trouve un loueur un peu plus compréhensif ;-)

Ah au fait, le parapluie et le poncho sont pour le moment restés dans le sac. Là, c’est lunettes de soleil, short et tong.

Pour le reste, je vous tiens au courant d’ici quelques jours J










jeudi 6 novembre 2014

Incredible India... The end.


Madurai, Tamil Nadu

Gros coup de blues hier. Une journée noire. Essentiellement dans ma tête. Je n’y étais pas, loin s’en faut. Il pleuvait comme il peut pleuvoir sous les tropiques quand j’ai quitté Pondicherry. Ça a été pour moi l’occasion de sortir la veste en Goretex que j’avais pris le soin de mettre au fond de mon sac. Bien utile. J’ai pris deux bus successifs en direction de Tanjore. Sept heures de bus sous la pluie, avec un ciel qui touche par terre. La journée était noire dans ma tête, mais bien grise aussi à l’extérieur.

J’avais prévu de faire un stop de deux nuits à Tanjore. Mais à peine descendu du bus, je décidais que je ne resterais pas dans cette ville. Aucun feeling. Ville bruyante, sale, sombre. Comme je n’étais pas dans mon assiette, j’ai pris la première guest house que j’ai trouvée. Pas envie de courir la ville avec ma maison sur le dos. Pas ce soir. Elle était à l’image de la ville, mais pour une nuit, ça allait le faire.
J’ai quand même été visité un temple. Un beau temple, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Tout en pierre ocre, ça change et c’est plutôt joli. J’ai vu aussi beaucoup de rats à Tanjore. Il n’est pas rare d’en voir ici, mais là, comme ça, autant… Je ne sais pas si en Inde ils ont pour les rats un concours similaire à celui que l’on a en France pour les villes fleuries. S’ils en ont un, alors nul doute que Tanjore est tout en haut du classement. D’habitude, on les aperçoit. Ils traversent, se faufilent, passent. Là non. Ils sont là, vivent, cohabitent, observent, regardent passer la foule. Certains tentent bien de les chasser du pied. Mais le rat ici, ne fuit pas. Il revient forcer le passage, au pire contourne. J’avais déjà pas un moral en béton mais alors là… Je me suis mis au lit de bonne heure. La lumière éteinte, la chambre était supportable. A peine.

Le lendemain matin à 6 heures 30 on frappe à ma porte. Ça commence… Un indien est là et me propose un thé. J’ai le choix. Soit je le mets dehors à coup de pieds dans le train, soit je le remercie de me porter le petit déjeuner au lit. Mais une journée noire, ça suffit et je décide d’attaquer ce nouveau jour du bon pied. Je fais donc affaire avec l’indigène ravi que l’on prenne ainsi soin de moi. Mon sac reconditionné, je file à la gare routière, prêt à m’envoyer quatre heures de bus en direction de Madurai. Je vais y rester trois nuits avant de prendre l’avion pour Colombo. J’aurais ainsi le temps de reconditionner le matériel et le bonhomme pour la suite du périple. A mon arrivé, je trouve un hôtel sympa en centre-ville. Chambre propre et lumineuse, je vais être bien. La ville a l’air agréable. Enfin, agréable pour l’inde j’entends. Quelques monuments et temples à visiter ainsi que le « Gandhi mémorial muséum », car Le Mahatma a vécu ici. Juste ce qu’il faut pour ne pas trop trouver le temps long et me laisser du temps pour préparer l’arrivée au Sri Lanka. J’ai acheté le Lonely Planet  pour cette destination. Bien sûr il est en Anglais (ne rigoles pas Coco !). Ca le rend un peu plus ardu à lire, mais surtout à comprendre… Je crois bien que je suis obligé de progresser dans la langue de Shakespeare sans quoi, ça risque de ne pas être triste. En voyageur prudent j’ai aussi fait l’acquisition d’un dictionnaire de poche Anglais/Français. Ça n’accélère pas ma lecture,  mais au moins j’apprends des mots et comprends à peu près ce dont il s’agit. Ça risque de servir et d’éviter les malentendus.

Ce soir, j’ai envie de prendre une bière. Je descends la rue et trouve dans un hôtel haut de gamme un bar. L’endroit est sombre, je suis a deux doigts de sortir ma lampe frontale pour me diriger. Bien sûr il est climatisé, il y fait froid. Les serveurs sont au top. Chemise blanche, nœud papillon, petit gilet noir et pantalon noir. La classe ! Aux pieds, des tongs. On est en Inde… Mais la bière est bonne et fraîche.
Les commerçants locaux sont vraiment aux petits soins pour les touristes. Tiens, un petit dialogue de cet après-midi même :
·         Hello sir, y’am a taylor (Bonjour Monsieur, je suis tailleur).
·         Hello (Bonjour).
·         I can make for you pants or shirt if you want (Je peux vous faire si vous voulez un pantalon ou une chemise).
·         No thank you. Y dont need it (Merci, mais je n’en ai pas besoin).
·         Ok ! Marijuana ? (ok, de l’herbe ?) 

Comme il y a parmi vous quelques personnes qui ne maîtrisent pas l’Anglais, je me suis permis de traduire. Enfin, approximativement ! Vous noterez par ailleurs l’Anglais parfait dans lequel je m’exprimeJ.

J’ai fait cet après-midi, la visite de temple local. Le « Sri Meenakshi Temple ». Meenakshi est l’autre nom de Parvati, l’épouse de Shiva. Je vous avoue que je ne comprends pas grand-chose à leur religion. Faut dire que c’est un peu le bazar pour un non initié. Je sais qu’il y a trois divinités, principales, Brahma, Vishnou et Shiva. Jusque-là, j’arrive à suivre. Mais les années passant les dieux se sont ajoutés les uns aux autres. Il y aurait aujourd’hui plus de 33 millions de divinités. De quoi en perdre son latin. Remarquez, ici les dieux font des enfants, ce qui explique sans doute cela. D’ailleurs au temple, tous les soirs vers 21 heures, on transporte la statue de Shiva, jusqu’au sanctuaire de Meenakshi afin que les deux époux puissent passer la nuit ensembleJ.

Dernière visite indienne. Le Gandhi mémorial muséum. Il se trouve dans une vieille et belle bâtisse anglaise. Un très bel endroit qui retrace l’histoire de l’Inde depuis la colonisation britannique jusqu’à la mort du Mahatma en 1948. La plus grande partie est bien sur consacrée à Gandhi et on y trouve certaines reliques du grand homme, comme le dhoti (costume) qu’il portait le jour de son assassinat par un jeune fanatique hindou ou bien encore sa célèbre paire de lunette. Emouvant endroit…

La partie indienne de mon blog se termine ici. Je dois vous avouer que j’ai beaucoup aimé l’Inde. C’est un pays qui ne laisse pas indifférent. Les indiens sont d’une extraordinaire gentillesse, même si pour nous ils sont sur une autre planète. Une fois que l’on a intégré le fait qu’ils ne vivent pas dans le même monde que nous, tout devient simple. Mais j’avoue qu’il faut une certaine dose d’abnégation pour arriver à le comprendre. Ils sont parfois tellement désespérants. Mais je les adore !
Je savais que ce serait un pays difficile. Ça a été le cas. On s’habitue à tout. Mais pas à la misère. Et de la misère ici, il y en a. Beaucoup ! De la misère crasse, lourde, qui dérange, qui interroge, qui mine parfois à en pleurer. On ne mesure pas toujours la chance que nous avons. Nous avons des problèmes de riches. Eux ont des problèmes de pauvres. De vrais pauvres. Mais je ne vais pas vous refaire Germinal, ce n’est pas mon propos.
Une page se tourne ce soir. Demain un autre pays, une page vierge pour moi. J’espère trouver du soleil à Colombo. A priori, ça ne sera pas forcément le cas. Novembre est une période de retour de mousson. Ce sera donc peut être parapluie et poncho. A très vite…











dimanche 2 novembre 2014

Pondicherry, Finistère sud...





Je traîne un peu à Pondicherry. Que voulez-vous je m’y plais ! Peut-être un brin de nostalgie de notre beau pays. Faut dire que le patron du bar ou je vais me désaltérer le soir fait tout pour ça. Hier soir à mon arrivée il a demandé à son employé de mettre un peu de musique française. J’ai eu beau lui dire que la musique anglaise faisait l’affaire, il a tenu à me faire plaisir… Jo Dassin vous connaissez ? Du coup, je ne sais pas si je vais y retourner ce soir….

J’aime cette ville contrastée. Son quartier français, bien propret, calme et aéré avec ses rues pavées, ses demeures coloniales, ses vieux bâtiments administratifs, son vieux cimetière. Son quartier musulman juste au sud, aux ruelles calmes. La partie indienne à l’ouest, grouillante, vivante, fantasque, bref indienne. La juxtaposition des églises, des mosquées, des temples. Tout ceci se mélangeant sans aucun problème. On se sent bien partout.

Et toujours des rencontres surprenantes. Alors que je buvais un thé un matin très tôt à l’angle de la rue un homme m’apostrophe dans un français parfait. C’est un vieil indien appuyé sur une canne. Né à Pondicherry il y a bien longtemps, il a servi la France dans l’infanterie coloniale. Indochine, Afrique. Puis la France a quitté l’Inde. Lui est resté. Il est français. Il me montre fièrement son passeport siglé « République Française ». C’est émouvant.

Pondicherry, c’est aussi l’endroit ou Sri Aurobindo poète et philosophe bengali, leader du mouvement indépendantiste indien est venu trouver refuge auprès des français. Rapidement il a quitté la vie politique pour ne plus s’intéresser qu’a sa vie spirituelle et au yoga. Avec une française, « la Mère », ils fonderont l’ashram de Sri Aurobindo. L’ashram occupe une partie importante de la ville. Tous les bâtiments lui appartenant sont peint en gris et blanc. Rue de la Marine, le seul bâtiment de couleur est le consulat général de France… Intrigué, je me suis penché un peu sur les théories du gourou. Intéressantes, je vais creuser un peu plus. Par curiosité…

Et puis, à quelques kilomètres au nord de la ville, il y a Auroville. La Mère, partant du postulat « qu’il devrait y avoir sur la terre un lieu dont aucune nation n’aurait le droit de dire : « il est à moi » ; ou tout homme de bonne volonté ayant une aspiration sincère pourrait vivre librement comme un citoyen du monde… », La Mère donc a décidé de créer ce lieu. Une cité universelle ou hommes et femmes de tous les pays doivent pouvoir vivre en paix et en harmonie au-dessus de toute croyance et de toute politique. Magnifique projet. Utopiste ? Peut-être, mais quelle belle idée.
La mère a choisi comme centre de la cité un énorme banian et a fait ériger à proximité le « Matrimandir ». Immense salle de méditation en forme de sphère dorée. Une balle de golf géante. En son centre une énorme boule en cristal de 70 cm de diamètre sur laquelle un miroir piloté par ordinateur renvoi pile en son sommet les rayons du soleil. C’est le seul éclairage de l’édifice. Je n’ai malheureusement pas vu l’intérieur. Réservé à la méditation des habitants d’Auroville, il est possible de le visiter, mais que quelques minutes par jour et sur réservation. Autour du Matrimandir, la vie est organisée dans différentes communautés sur un site immense de 2 000 hectares.

Je ne pense pas être prêt à aller vivre à Auroville. Mais je vous avoue que la journée passée à flâner dans ce lieu ne m’a pas laissé indifférent. Ca interroge, ça dérange, ça démange…C’est chouette non quelque chose qui fait cet effet-là ? Je ne sais pas vous, mais moi j’aime bien quand on dérange les cases là-haut dans ma tête, quand un et un ça ne fait plus deux, quand on pousse un peu les murs.

On trouve aussi ici des spécialités bien françaises, notamment des boulangeries. Je me suis fait un petit stop dans l’une d’entre elle. Eclair au chocolat et un expressoJ. Je crois bien que c’est le meilleur café que je n’ai jamais bu. Excellent ! Je suis repartit avec dans la bouche, ce goût du mélange chocolat et café. Sensation délicieuse. De plus, j’avais dans ma besace emporté un croissant et un pain aux raisins. Gourmand ? Sans aucun doute ! Il ne faut pas hésiter à se faire plaisir !
Demain matin, je remets ma maison sur mon dos. Direction Tanjore, puis Madurai. Plein d’autres choses à découvrir.


Cet après-midi, assis face à l’océan, je regardais au loin. Légèrement sur ma droite, le Sri Lanka. En face de l’autre côté du golfe du Bengale la Thaïlande, la Birmanie…










vendredi 31 octobre 2014

Des journées ordinaires



Tiruchyrappaly, Tamil Nadu

Je vous raconte pas mal de chose depuis mon départ. Mais les journées ordinaires, ça se passe comment ? D’abord, tout ce que je vous ai narré depuis le début de mon aventure c’est passé durant des journées ordinaires. Mais ce soir je vais être plus général et vous raconter dans les grandes lignes mes deux derniers jours de voyage.

J’ai quitté l’Ashram de bonne heure. J’avais dans l’idée de rejoindre Kumili, en passant par Kottayam. En principe deux heures de bus jusqu’à Kottayan, puis quatre heures, jusqu’à Kumili. Environ 6 heures de transport pour cette première journée. Ça, c’est la théorie. En pratique, il en va toujours tout autrement. Afin de ne pas plonger dans la monotonie, j’ai commencé par me tromper de bus. Je suis partit dans le sens opposé. Oh, rien de bien méchant, j’ai juste mis cent kilomètres à m’en rendre compte. Ici, cent kilomètres, ça fait environ deux heures trente de route. Demi-tour et retour au point de départ, à peine cinq heures après en être partit. Je reprends tout à zéro et je fais tout bien comme il faut. Au bilan, douze heures de bus au lieu de six. Arrivée de nuit à Kumili, par chance il ne pleut pas, galère pour trouver une guest house et dodo. Chouette journée non ? Ben oui, quand même c’était une chouette journée, parce que quand votre bus traverse alternativement, les backwater, des rizières, des champs d’ananas, de bananiers, de cocotiers, des plantations de thé, des plantations d’hévéa, sous un beau ciel bleu mis en valeur par de jolis cumulus, et bien moi, je dis que ça, c’est une belle journée !

Le lendemain, re-bus en direction de Tiruchyrappaly. En fait on dit Trichy. C’est plus court et ça arrange tout le monde, moi y compris. Six heures et demi de bus et comme ce coup-ci je suis partit à l’endroit, ça a été beaucoup mieux. J’ai pu arriver en début d’après-midi et commencer la visite de la ville. J’ai prévu d’y rester deux jours, donc rien ne presse. J’ai au programme deux monuments pour l’après-midi. « Our lady of Lourdes church » ou pour les non anglophone (et je sais qu’ils sont nombreux) l’église notre dame de Lourdes. Oui, il y a ça même ici et puis il n’y a pas de raison à ce que je vous transporte dans des temples bouddhistes, des mosquées, des temples indous et que je me prive de le faire dans une église catholique (Maman, tu me remercieras plus tard) ! Cette église a été construite par des jésuites toulousains d’après les plans de la basilique de Lourdes. A mon avis, ils n’avaient pas les bons plans, mais l’idée était là et l’édifice est joli. Blanc et ocre à l’extérieur, blanc et rose à l’intérieur. J’ai poursuivi par le fort de la ville avant de regagner ma chambre pour des ablutions qui n’étaient pas superflues.

Pour bien commencer la soirée, j’ai eu envie d’aller prendre une bière au bar de l’hôtel. J’ai en effet la chance d’avoir un bar ou ils servent de l’alcool dans la guest house. C’est rare et ça fait plus d’un mois que je n’ai pas bu une goutte d’alcool. Mais l’endroit est glauque. Les indiens ont un rapport avec l’alcool qui n’est pas le nôtre. Ils boivent pour boire, caché du reste de la société. Rien de festif. J’ai l’impression d’être dans un bordel, de me confronter à l’interdit. Lumière tamisé, tables séparées par des brises vues, télévision à fond. Que des hommes seuls face à leurs verres qu’ils descendent consciencieusement les uns après les autres. C’est sordide. Aucun plaisir à boire ma bière, même si elle n’est pas mauvaise. Je décide donc d’aller manger. Je trouve un restau sympa ou je me commande un menu local et végétarien. Riz sauté aux légumes avec un jus d’orange pressé. C’est bon, très bon même. Le plat est servi sur des feuilles de bananier en guise d’assiette. C’est joli et écolo ! C’est bien sur épicé, normal me dirait vous, mais on a quand même rajouté un petit bol de sauce plus forte, un curry et un mélange de yaourt et d’oignon. Ça, c’est l’extincteur pour éteindre le feu ! Pas de couvert. On mange avec les doigts, ce qui exige un passage par le lavabo avant le repas. Moi, j’y vais pour me laver les mains. Les indiens eux y vont pour se laver la main. Ils ne se lavent que la main droite, celle avec laquelle ils vont manger. La gauche ils ne la mouillent même pas. La première fois que j’ai vu quelqu’un faire ça, je me suis dit « tiens, je suis tombé sur un original ! ». En fait, ils sont tous originaux ! Comme je mange seul et que les indiens ne sont pas bégueule, ils viennent volontiers compléter la table. J’ai mangé ce soir avec une petite famille, papa, maman et un petit garçon ou une petite fille. Je n’ai pas été capable de définir le sexe de l’enfant.

Là, je suis dans ma chambre. Il est vingt et une heure quinze et ma journée va se terminer en votre compagnie. Vous voyez, juste des journées ordinaires de voyageur. Je me lève, je me transporte, je visite, je mange et je dors. Je pense aussi souvent, je rêve, j’ouvre grand les yeux, je me remplis. Je suis un buvard…

N’ayant pas encore trouvé de connexion internet pour vous poster ce billet, je vais donc le poursuivre. Je suis à Pondicherry. Ah, ça sonne bien, vous ne trouvez pas ? Presque les colonies, mais en réalité un simple ex comptoir de la compagnie des Indes basée à Lorient. Un coin de Bretagne en somme, mais sans la pluie... Mais je reviendrais là-dessus très vite, pour l’instant je vais rester dans le sujet de ce billet. Comme on est en Bretagne, je vous précise que je sors d’un bar, ou en plus de servir des mojitos, je les ais sirotés en écoutant Richard Cocciante qui interprétait « Angélique ». Si là, ce n’est pas un coin de Bretagne, alors, je ne sais pas où je suis…

Mais revenons à nos moutons. Je souhaite ici répondre à une question qui m’a été posée par Did, un ami motard, qui ose poser des questions, voir faire des remarques. C’est une de ses principales qualités ! Ses interrogations concernent des considérations bassement matérielles, à savoir mes conditions de vie et le coût de la vie en Inde. Il souhaite en plus disposer de photos, sans doute compte il éditer à bon compte un guide touristique sur le pays…
Ayant été bien éduqué (merci maman), et ne pouvant laisser plus longtemps des questions d’importances en souffrance, je vais m’appliquer à répondre.
J’ai en référence le « guide du routard ». Je ne vais pas systématiquement dans des endroits préconisés par ce guide, mais il me sert de référence quant aux tarifs et prestations que je peux attendre de mes hébergements en fonctions des villes où je me trouve. Je vais vous parler en euros, c’est plus simple que de vous faire à chaque fois la conversion en roupies indiennes. Que les amoureux des mathématiques veulent bien me pardonner certaines libertés que je vais être amené à prendre avec l’exactitude des taux de change et des arrondis.
J’ai toujours trouvé à me loger de manière à peu près décente entre 6 et 10 €. J’entends par manière à peux près décente, une chambre, propre, basique, avec salle de bain privative et wc. Si je m’accommode parfois de chambres sommaires, voire rustiques, je suis assez regardant quant à la propreté des lieux. Je n’oublie pas toutefois que je suis en Inde et que la notion de propreté que l’on peut avoir en Europe est légèrement différente de celle que l’on a ici. Mais quand même…  Les chambres ont généralement deux lits simples et rarement un lit double. Comme de bien entendu l’ami Did ayant demandé des photos, je me suis exécuté et dans la chambre ou je suis ce soir et les plus observateurs d’entre vous auront remarqué la présence d’un lit double. L’exception qui confirme la règle… La salle d’eau est généralement sommaire, un lavabo, un wc et une douche. L’eau chaude est rare ou alors disponible uniquement à certaines heures de la journée. Mais au vu des températures, ce n’est pas réellement un problème pour le rustique que je suis. Bien sur ces chambres ne sont pas climatisées. Les nuits étant douces, un ventilateur de plafond suffit. Pour une chambre climatisée du même standard, il faut rajouter environ 4 €. Il est tout à fait possible de trouver moins cher, mais là, il faut faire l’impasse sur la propreté. Plus cher on peut aussi, il y a des palaces aux standards des hôtels de luxe de chez nous avec des prix tout à fait comparables.
Pour la nourriture, on trouve aussi de tout. Un repas « dans la rue » dépasse rarement les 2 €, boissons non comprises, mais si on mange vraiment local ou s’en sort pour moins de 1€. Dans un restaurant, il faut compter 3 à 4 € pour un repas basique. Là aussi comme pour les hôtels il est possible de faire grimper la note à l’envie.
Une bouteille d’eau minérale coûte 25 centimes, une bouteille de coca idem, une bouteille de bière de 660 ml quand j’en en trouve m’oblige à sortir de mon gousset la faramineuse somme de 2,80 €.

Pour être complet et éviter à Did de m’interroger a nouveau, je vais aborder rapidement car j’en aperçois certains qui baillent d’ennui, la question des transports sans entrer dans le détail des transports urbains ou là c’est à peu près n’importe quoi. Pour les longues distances il faut compter un bus « local » 1,3 centime d’euros le kilomètre. En train, « local aussi », c’est 1 centime d’euro le kilomètre. Je pourrais vous faire la différence entre train et bus climatisé, mais je ne pense pas qu’il y ait là une impérieuse nécessité.
Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une douce nuit. Tiens, c’est drôle ça ! Comme j’écris ce billet juste avant de me coucher, je présume que vous allez le lire vous aussi avant de vous coucher. Faudra que je vous parle un de ces quatre des préjugés….
Donc je me reprends et vous souhaite le meilleur et ce, à l’heure où vous êtes en train de me lire…


Ps : Faut absolument que j’arrête les mojitos ! Ça me fait faire des billets bien trop longs !











lundi 27 octobre 2014

Ommanashivaya



Amritapuri, Kérala

Distance parcourue depuis le départ : 12737 km

« Ommanashivaya », ou « que Shiva t’éclaire de sa lumière », c’est ainsi que nous nous saluons dans l’ashram de Amma. Quelques jours d’une retraite spirituelle, mais aussi de rencontre, de baignade, de méditation et de contemplation sur la plage, devant des couchers de soleil de carte postale.

Je suis arrivé ici en bus. Deux changements pour des villes aux noms imprononçable pour l’européen que je suis. Heureusement, que les Kéralais sont toujours aussi gentils pour me mettre sur la bonne route. C’est vers midi que je franchissais le portail de l’ashram. Un accueil fraternel, dans un environnement inconnu et mystèrieux. On me loge dans une chambre simple mais propre. Mes compagnons sont Marc, un jeune français catholique pratiquant et Gaby un bouddhiste brésilien, comme quoi, il n’y a pas au Brésil que des travestis et des joueurs de foot.
Les règles de vie de l’ashram sont simples et exigent pour les visiteurs dont je fais partis que nous nous inscrivions au « séva ». Les séva sont la participation à la vie communautaire par un « travail désintéressé ». Dans le temps, on appelait ça « les corvées » aujourd’hui on utilise un langage plus châtié en  parlant d’un « travail d’intérêt général ». Je me présente donc au bureau des « séva » ou un anglais me reçoit. Devant mon physique d’athlète, il me propose aussitôt un travail qu’il qualifie lui-même de dur et de par sa simple volonté, me voici transformé en éboueur…Rendez-vous est pris pour le lendemain matin 6 heures devant la déchetterie avec la responsable de ce séva. C’est tôt, mais bon, c’est un horaire d’éboueur et de toute façon, la vie de la communauté commence à 4 h 00 tous les matins.
C’est une américaine dont le nom de scène est Mahita qui m’accueille. Je dis nom de scène, car ici,  à par les visiteurs tout le monde à un nom spirituel. C’est une jeune femme d’une quarantaine d’année, sympa qui vit ici avec son mari depuis quatre ans. Et depuis quatre ans, elle fait les poubelles tous les matins, dimanche compris. Je serais pendant mon séjour, le seul européen avec elle. Trois indiens adeptes de la communauté nous aiderons dans cette tâche ingrate. J’ai passé d’excellent moment avec eux. Toujours drôles et de bonne humeur, c’était un plaisir que de les retrouver chaque jours.
La communauté gère ses déchets de façon remarquable. Le tri va bien au-delà de ce que nous pratiquons en Europe. Mais on est en Inde et ce pays est juste une gigantesque déchetterie. Je me disais que faire ce que nous faisions, correspondait à peu près à essayer de vider l’océan avec une petite cuillère. Mais bon, après tout pourquoi pas. J’ai apporté ma pierre à l’édifice de bon cœur, j’y ai même pris du plaisir.

Mais cette expérience a aussi et surtout été pour moi l’occasion de rencontres. Beaucoup de gens vivent ici. Certains comme moi sont juste de passage, d’autres sont là pour des périodes plus longues, d’autres encore y vivent à demeure. On y vient de tous les pays du monde. La communauté étant ouverte, toutes les religions sont les bienvenues. Amma, ne demande à personne de changer de religion. Elle demande juste que chacun offre à son prochain de l’amour inconditionnel. C’est donc un joyeux mélange. J’ai pris du plaisir à vivre au sein de cet ashram ces quelques jours. Je n’ai pas adhéré à tout bien évidement, mais ça restera une expérience forte.

En partant pour ce voyage, je savais que je sortais de ma « zone de confort ». J’entends par là, que je quittais une vie prévisible pour quelque chose de plus incertain. En voyage, soit on s’ouvre aux autres en allant vers eux ou en les accueillant, soit on reste seul. Chaque jour, les rencontres se font et de défont. Certaines sont fortes, d’autres plus anodines. Ces rencontres sont le sel du voyage. Rien n’est écrit. Rien n’est prévisible. Seule l’attitude que l’on adopte vis-à-vis des autres est génératrice de mouvement. Je traverse souvent des moments de joie, mais il m’arrive aussi de passer par le doute. Une attitude positive m’a toujours été du plus grand secours. Jamais le doute n’a duré. J’en profite ici pour vous remercier, vous qui me suivez, vous qui m’encouragez par le biais de vos commentaires ou de messages que vous me laissez via le net. Ils me font du bien et m’aide à passer ces moments creux. Je vous en suis reconnaissant.


La partie indienne de mon périple va bientôt s’achever. Encore deux semaines à parcourir ce pays si attachant mais aussi parfois si désespérant, puis suivra le Sri Lanka. J’ai fait les formalités de visa et le billet d’avion est dans ma poche. Mais avant ça, il me reste encore pas mal de chose à voir. Je prends demain la direction de Pondichéry. J’y serais d’ici une petite semaineJ.









mercredi 22 octobre 2014

A la plage


Appeley, Kérala

Distance parcourue depuis le départ : 12657 km

Ou est Michel ? : Par ici.

Ayant enfin compris et assimilé toutes les règles de la circulation en Inde (en fait il n’y en a pas), je me décide enfin à louer pour la journée un engin à deux roues. Je suis à Allepey, dans le Kérala et après avoir fait un tour de bateau sur les « backwater », j’ai envie de pousser jusqu’à une plage paraît-il sympa, une quinzaine de kilomètres plus au nord.
Le réceptionniste de la guest house, me propose moyennant une modique somme de me prêter son engin et un casque. Me voilà équipé, prêt à prendre la route de la plage.


Le premier carrefour que je franchis est embouteillé. Enfin, je veux dire embouteillé comme les indiens savent le faire. Mais aujourd’hui c’est mon jour de chance. Un policier à l’œil exercé, me repère et comprend instantanément que je vais luis mettre la pagaille à son carrefour. Il bondit donc au milieu de la chaussée, siffle, gesticule et me fait signe de passer avec un grand sourire… J’obéis promptement et me voilà sur la route qui longe la côte. La chaussée n’est pas très large. Elle est bordée d’une végétation luxuriante. Palmiers, cocotiers fleurs de toutes les couleurs, c’est un vrai bonheur. Je remarque aussi beaucoup de drapeaux communistes sur les maisons et les commerces. Ca contraste pas mal avec le nombre important d’églises. La région ayant été colonisée par les portugais, il y en effet ici une grosse communauté chrétienne. Les kéralais reconnaisse de loin que ce n’est pas un local qui conduit et à mon passage, beaucoup m’adressent sourires et signes de la main. Sous ce beau soleil, je suis bien et je fais des pointes jusqu’à 30 km/h au compteur de mon bolide. Tout le monde me double, mais je n’ai aucune envie d’aller plus vite. Je profite. 

J’arrive enfin sur la plage. Une belle plage de sable blanc, bordée de cocotier. Elle est quasiment déserte. Mais je cherche un endroit pour déjeuner, alors je reprends mon engin et me met à la recherche d’un restaurant en bord de plage. Pas évident à trouver. Je dois à chaque fois reprendre la route principale et chaque fois qu’un sentier la quitte en direction de la plage, aller l’explorer. Bien entendu les sentiers sont en sable et j’ai bien souvent l’impression de faire le « Paris-Dakar ». 
Après une bonne heure de recherche, je fini par trouver un endroit où il y a semble-t-il de la vie. Je suis en fait arrivé dans un centre de soin ayurvédique. Un ensemble de bungalows sous les cocotiers au bord de l’océan. C’est Marlène, une jeune anglaise qui m’accueille. Très gentiment elle m’explique où je suis et me dit que le centre ne sert à manger que pour ses résidents. Elle me propose cependant d’aller voir si le chef cuisinier accepte de me préparer un repas. La salle à manger est dans une cabane sur le sable. La maman de Marlène arrive avec le chef. Ils se feront un plaisir de me préparer quelque chose, mais le centre ne fait que de la nourriture végétarienne. Cool ça, j’accepte de bon cœur et ils m’apportent un vrai festin. Je me régale, assis face à l’océan. La cuisine Kéralaise est vraiment bonne. Epicée, mais tout en délicatesse. J’adore !
Au moment de partir, je me rends à l’office pour régler mon repas. Là, on me dit que je suis leur invité et qu’il n’est donc pas question de payer quoique ce soit. Je rêve ! Mais ou suis-je ? Vous imaginez vous un instant un centre de soin de bord de mer en France accueillir quelqu’un de passage, lui servir un repas vraiment extra et lui dire au final : «  ce fut un plaisir que de vous accueillir mon cher monsieur, d’ailleurs l’addition est pour nous » ? Vraiment les bras m’en sont tombés.

Après avoir ramassé mes bras, j’ai repris la route. Un petit stop pour boire un thé, un vrai dans une échoppe de bord de route. Là encore, je rencontre des gens chaleureux et accueillants. Alors que je pose des questions sur les pâtisseries en vitrine, le commerçant me fait goûter un peu de tout. Les deux personnes qui sont là, rigolent et se mêlent à la conversation. C’est convivial, j’y passe un bon moment et offre la tournée générale de thé. Que du bonheur ! Il y a des jours comme ça.

Sur le retour, je passe à la vitesse supérieure et je file un bon 40 km/h compteur, jusqu’à ce qu’un confrère motard, me coupe la route. Je saute sur les freins, mais ils ralentissent à peine l’engin. La technique du « pif,paf » soit, celle de l’évitement par l’arrière s’avérera fonctionner elle parfaitement. Voyant là un signe m’invitant à reprendre ma route à une allure restreinte, c’est dont tout tranquillement je j’ai regagné ma guest house.

C’était aujourd’hui mon dernier jour ici. Demain matin, je reprends la route, mais je ne vais pas bien loin. A peine à 50 kilomètres d’ici. J’ai prévu un petit stop dans un ashram J.