mercredi 22 octobre 2014

A la plage


Appeley, Kérala

Distance parcourue depuis le départ : 12657 km

Ou est Michel ? : Par ici.

Ayant enfin compris et assimilé toutes les règles de la circulation en Inde (en fait il n’y en a pas), je me décide enfin à louer pour la journée un engin à deux roues. Je suis à Allepey, dans le Kérala et après avoir fait un tour de bateau sur les « backwater », j’ai envie de pousser jusqu’à une plage paraît-il sympa, une quinzaine de kilomètres plus au nord.
Le réceptionniste de la guest house, me propose moyennant une modique somme de me prêter son engin et un casque. Me voilà équipé, prêt à prendre la route de la plage.


Le premier carrefour que je franchis est embouteillé. Enfin, je veux dire embouteillé comme les indiens savent le faire. Mais aujourd’hui c’est mon jour de chance. Un policier à l’œil exercé, me repère et comprend instantanément que je vais luis mettre la pagaille à son carrefour. Il bondit donc au milieu de la chaussée, siffle, gesticule et me fait signe de passer avec un grand sourire… J’obéis promptement et me voilà sur la route qui longe la côte. La chaussée n’est pas très large. Elle est bordée d’une végétation luxuriante. Palmiers, cocotiers fleurs de toutes les couleurs, c’est un vrai bonheur. Je remarque aussi beaucoup de drapeaux communistes sur les maisons et les commerces. Ca contraste pas mal avec le nombre important d’églises. La région ayant été colonisée par les portugais, il y en effet ici une grosse communauté chrétienne. Les kéralais reconnaisse de loin que ce n’est pas un local qui conduit et à mon passage, beaucoup m’adressent sourires et signes de la main. Sous ce beau soleil, je suis bien et je fais des pointes jusqu’à 30 km/h au compteur de mon bolide. Tout le monde me double, mais je n’ai aucune envie d’aller plus vite. Je profite. 

J’arrive enfin sur la plage. Une belle plage de sable blanc, bordée de cocotier. Elle est quasiment déserte. Mais je cherche un endroit pour déjeuner, alors je reprends mon engin et me met à la recherche d’un restaurant en bord de plage. Pas évident à trouver. Je dois à chaque fois reprendre la route principale et chaque fois qu’un sentier la quitte en direction de la plage, aller l’explorer. Bien entendu les sentiers sont en sable et j’ai bien souvent l’impression de faire le « Paris-Dakar ». 
Après une bonne heure de recherche, je fini par trouver un endroit où il y a semble-t-il de la vie. Je suis en fait arrivé dans un centre de soin ayurvédique. Un ensemble de bungalows sous les cocotiers au bord de l’océan. C’est Marlène, une jeune anglaise qui m’accueille. Très gentiment elle m’explique où je suis et me dit que le centre ne sert à manger que pour ses résidents. Elle me propose cependant d’aller voir si le chef cuisinier accepte de me préparer un repas. La salle à manger est dans une cabane sur le sable. La maman de Marlène arrive avec le chef. Ils se feront un plaisir de me préparer quelque chose, mais le centre ne fait que de la nourriture végétarienne. Cool ça, j’accepte de bon cœur et ils m’apportent un vrai festin. Je me régale, assis face à l’océan. La cuisine Kéralaise est vraiment bonne. Epicée, mais tout en délicatesse. J’adore !
Au moment de partir, je me rends à l’office pour régler mon repas. Là, on me dit que je suis leur invité et qu’il n’est donc pas question de payer quoique ce soit. Je rêve ! Mais ou suis-je ? Vous imaginez vous un instant un centre de soin de bord de mer en France accueillir quelqu’un de passage, lui servir un repas vraiment extra et lui dire au final : «  ce fut un plaisir que de vous accueillir mon cher monsieur, d’ailleurs l’addition est pour nous » ? Vraiment les bras m’en sont tombés.

Après avoir ramassé mes bras, j’ai repris la route. Un petit stop pour boire un thé, un vrai dans une échoppe de bord de route. Là encore, je rencontre des gens chaleureux et accueillants. Alors que je pose des questions sur les pâtisseries en vitrine, le commerçant me fait goûter un peu de tout. Les deux personnes qui sont là, rigolent et se mêlent à la conversation. C’est convivial, j’y passe un bon moment et offre la tournée générale de thé. Que du bonheur ! Il y a des jours comme ça.

Sur le retour, je passe à la vitesse supérieure et je file un bon 40 km/h compteur, jusqu’à ce qu’un confrère motard, me coupe la route. Je saute sur les freins, mais ils ralentissent à peine l’engin. La technique du « pif,paf » soit, celle de l’évitement par l’arrière s’avérera fonctionner elle parfaitement. Voyant là un signe m’invitant à reprendre ma route à une allure restreinte, c’est dont tout tranquillement je j’ai regagné ma guest house.

C’était aujourd’hui mon dernier jour ici. Demain matin, je reprends la route, mais je ne vais pas bien loin. A peine à 50 kilomètres d’ici. J’ai prévu un petit stop dans un ashram J.







dimanche 19 octobre 2014

Les cons, c'est comme les emmerdes, ça vole en escadrille.



Cochin, Kérala

Distance parcourue depuis le départ : 11593 km

Ou est Michel ? : Par ici.

Michel Audiard, faisait dire dans un de ses films à Bernard Blier : «  Les cons, c’est comme les emmerdes, ça vole en escadrille ». C’est dans l’autre sens que cette citation m’est venue à l’esprit en arrivant à Cochin.

J’étais parti d’Ooty avec l’intention de rejoindre Cochin en deux jours en faisant une halte d’une nuit à Comboitore. Il faisait beau, j’étais en forme et en arrivant dans la ville étape, je me trouvais qu’il était tôt et qu’en me débrouillant bien, je pouvais rejoindre Cochin d’une traite. Je me mets donc à la recherche du bus qui va m’y conduire. Je galère un peu pour le trouver. Comboitore n’étant pas une ville touristique, personne ne parle anglais, surtout dans les stations de bus qui sont généralement fréquentée que par les plus basses couches de la population. Mais je fini par y arriver. Il est quinze heures, c’est cool, je suis content de moi.

Le bus démarre. A côté de moi, se trouve un jeune qui lui parle Anglais. On discute un peu et j’apprends que le bus va mettre six heures pour faire les 200 kilomètres. Je vais donc arriver à 21 heures, de nuit. Bon, jusque-là, rien de bien méchant bien que j’aurais préféré le faire de jours.
En chemin, je lis mon guide de voyage. Oui, je sais, je prépare mes itinéraires un peu tard, mais il y a des choses en moi que j’ai du mal à changer… Je jette mon dévolu sur une guest house, la repère sur le plan de la ville et la situe par rapport à la gare routière. Enfin, je lis les généralités sur la ville. On y indique de se méfier tout particulièrement des chauffeurs de rickshaws, qui à priori sont relativement coriaces. Bon, je vais gérer, au pire j’irais à pied. Même de nuit la distance à faire n’étant que d’un kilomètre et demi soit un bon quart d’heure.

Je profite enfin du paysage. C’est magnifique. On est dans le Kérala. Au sud de l’inde, en zone tropicale. Palmiers, bananiers, cocotiers et champs de riz se succèdent. Cette partie de l’Inde ayant été colonisée par les portugais, beaucoup de demeure de style colonial, mais à l’indienne. Si j’ai tendance parfois à l’oublier, il me suffit de me retourner vers l’intérieur du bus. En effet l’indien étant particulièrement solidaire, personne n’est laissé sur le bord du chemin. Le bus se remplit, il est plein, il déborde, il y a de l’indien partout, bref c’est l’Inde.

A dix-huit heures la nuit tombe. Plus que trois heures de route, mais en même temps que la nuit, la pluie elle aussi décide de tomber. Je vous disais plus haut qu’on est en zone tropicale, c’est donc une pluie tropicale. Je pense que quelque part, il doit y avoir toute une escouade de gars qui nous jettent des sceaux d’eau sans discontinuer. Comme dirait un ami : « il pleut comme si on payait pas l’eau ». Ah, oui un détail, le bus n’a pas de fenêtre, juste des rideaux hors d’âge ! Ben oui, on est dans un pays chaud oui ou non ? Pour résumer la situation, je suis dans une baignoire qui roule de nuit en Inde et ça va durer trois heures… Par chance, je n’ai pas une place coté fenêtre, mais coté couloir. Elle n’est pas belle la vie ?

Vingt et une heures, nous entrons dans Cochin. La ville est immense, un million quatre cents mille habitants. C’est très étendu. Le bus s’arrête souvent pour faire descendre du monde. A un arrêt, le portier vient me voir et me dit que je dois descendre là. Je lui explique que je veux aller à la gare routière, donc au terminus du bus, mais à priori, le bus n’y va pas. L’arrêt qu’il m’indique est le plus proche.
Me voilà donc dehors, sous une pluie battante de nuit, avec mon gros sac à dos et ma musette et je n’ai aucune idée de l’endroit où je suis. Je me précipite sous un arrêt de bus à proximité, mais en quelques mètres, je suis trempé, sur la route, j’ai de l’eau jusqu’en haut des chevilles. Bon, il faut que je me pose un peu pour réfléchir. Il y a bien des rickshaws à proximité, mais vu que je ne sais pas où je suis, je vais avoir du mal à négocier. Je me dis qu’en tout cas, c’est une solution que je pourrais utiliser en dernier recours. Je me renseigne auprès des personnes qui sont près de moi. Je découvre rapidement qu’ici au Kérala, les gens sont adorables. Même dans une grande agglomération. Le premier ne comprend rien, mais il demande à un second qui demande à un troisième et c’est bientôt tout l’arrêt de bus qui se penche sur mon guide touristique pour essayer de résoudre le problème. Un jeune homme me dit qu’il va m’aider à me rapprocher de mon objectif et me demande de le suivre. Nous nous rendons quelques centaines de mètres plus loin et nous sautons dans un bus. Mon accompagnateur me dit qu’il descend dans deux stations, mais il a prévenu le chauffeur qui lui m’indiquera l’endroit où descendre. C’est ce qui se passe. Je me retrouve à nouveau dehors, sous une pluie toujours aussi intense. Je sais que je suis plus très loin du but, mais je suis incapable de dire à quelle distance, ni même dans quelle direction. Je cherche à m’abriter pour faire le point. Un commerce est ouvert, je me précipite sous son auvent. Le type vend des parapluies…..

Bon maintenant il ne me reste plus que la solution tuktuk. Justement en voilà un. Je le hèle et monte à son bord. Je sors à nouveau mon plan, mes lunettes (c’est super pratique sous la pluie les lunettes !) et ma frontale. Mon interlocuteur ne parle pas un mot d’anglais, mais se penche sur la carte et me dit ok, ça fera 40 roupies, soit moins de cinquante centimes d’euro. C’est parti ! On n’est pas très loin et le gars se donne visiblement du mal pour trouver. Mais au bout d’un moment, il s’arrête devant une guest house qui n’est pas celle que nous cherchons. Je refuse de descendre. Il se repenche sur le plan et repart. Il tourne dans les rues et s’arrêtent régulièrement devant les commerces demander son chemin, jusqu’au moment où il me dépose précisément devant la porte de l’hôtel. En voilà un qui n’a pas volé son pourboire, je lui laisse 100 roupies. Il est heureux et moi aussi, il est à peine 22h30.
En repensant à tout ça, je me dis que je suis assez content de moi et que sur ce coup que je m’en suis bien sortit (Un peu d’autosatisfaction ne fait pas de mal non ?). Le lendemain en visitant fort Cochin, je me suis dit que j’aurais pu profiter de l’arrêt imprévu au stand du marchand de parapluie pour en faire l’emplette. Ne l’ayant pas fait, je suis arrivé à l’hôtel aussi trempé que la veille au soir. J’ai donc acheté un parapluie et depuis, il n’a pas plu.

Pour en terminer, j’ai une pensée toute particulière pour Coralie, ma fille unique adorée et préférée qui m’a généreusement donné son couvre sac à dos. Il fonctionne très bienJ. Merci Coco !






samedi 18 octobre 2014

En randonnée.


Ooty, Tamil Nadu
Distance parcourue depuis le départ : 11347 km
Ou est Michel ? : Par ici.

Ooty, une Station d’altitude perchée à 2200 mètres dans les Nilgiri ou « blues mountains ». C’est pendant que je consultais un plan de la région que je rencontrais Rajiv. Je cherchais des randonnées à faire, il était guide de trekking, disponible et sympa. Nous sommes donc tombé d’accord pour passer deux jours ensemble.
Rendez-vous pris le lendemain matin à 8 h 30 devant la guest house, le bus qui dois nous emmener au point de départ passant à 9 heures. Rajiv arrive à la cool. Il est 9 heures 20. Pas grave, on prend un thé (le premier d’une longue série) et on prend le bus de 10 heures. Une heure plus tard, nous voici trente kilomètre plus loin et à pied d’œuvre. D’abord un thé, puis quelques emplettes et nous voilà en route. Rajiv a mon âge, il a l’air en bonne forme et marche d’un pas alerte. Nous nous rendons dans un hameau situé à 4 kilomètre après le village, en empruntant une piste forestière. Ca grimpe dur, il fait beau et chaud. Lorsque nous arrivons au village, mon guide m’explique que ce sera notre camp de base pour notre premier jour. Une randonnée en boucle est prévue et nous passerons la nuit dans ce hameau de sept maisons. Deux de construction traditionnelle et les cinq autres de construction moderne (Enfin d’après Rajiv).
La personne qui nous accueille est Mino. Il a 62 ans et c’est lui qui a formé Rajiv. On sent entre eux une forte complicité. Nous prenons donc le thé et Rajiv attaque à rouler son premier joint de la journée. Comme il est sympa, il fait tourner. Pour le moment au hameau, Mino est seul. C’est une communauté animiste et végétarienne qui vit là. Une quinzaine de personne la compose. Il prépare donc le repas, puis encore un ou deux thés, pendant que Rajiv roule en rythme. En début d’après-midi, nous nous mettons en route. Mino nous accompagne pour la balade. On marche paisiblement. La région est superbe, entre cultures, forêt de mimosas et d’eucalyptus. On croise un petit groupe qui ramasse des pommes de terre. On s’arrête discuter, on prend quelques patates pour le repas du soir et un thé. Rajviv… 
On reprend la route en direction d’un temple qui se trouve sur un sommet. Quand le sentier ne monte pas trop, nous tenons bon rythme. Dès que ça grimpe un peu plus, Mino s’arrête régulièrement cracher une partie de ses poumons sur le bord du chemin. C’est donc vers 17 heures que nous arrivons au somment du temple. Rajiv me montre le chemin qui nous reste à parcourir. On doit descendre au village en contrebas, puis remonter sur la droite, passer un col puis suivre la ligne de crête jusqu’au hameau. J’estime qu’il nous faudra 30 à 40 minutes pour arriver au village et plus d’une heure et demi pour faire le reste de chemin. La nuit tombant à 18 heures…. Au village, on commence par prendre un thé, puis un autre. Il fait maintenant nuit. Rajiv et Mino, me disent qu’ils ont une affaire à régler juste à côté. C’est une histoire de 10 minutes et me demande de les attendre. En effet dix minutes plus tard les revoici. On prend un thé et nous partons. Mais depuis qu’ils sont revenus je trouve leur comportement étrange.
On reprend donc le chemin de nuit. Après deux cents mètres sur une piste, nous quittons celle-ci pour partir droit dans la nature. Rapidement, nous faisons une pause et Rajiv sort de son sac une bouteille de Gin bien entamée. La voilà donc l’affaire urgente qu’ils avaient à régler… Vu qu’il n’y a pas de thé, ils prennent une rasade et Rajiv prépare de quoi fumer. On est dans la nuit à 100 mètres du village et on a encore une bonne heure et demie de marche avec un col à passer. Pourquoi pas, mais on n’est pas couché. Il fait nuit noire. Je suis le seul à avoir une lampe. Nous ne sommes plus sur un chemin, mais tantôt sur des pierriers, tantôt dans des passages rocheux, parfois dans de l’herbe rase. Rajiv marche en tête. Il est au moins vingt mètres devant nous. Il est dans le noir total. Mino, vient ensuite et je ferme la marche. Nous traversons plusieurs dalles rocheuses inclinées fortement. Certaines sont mouillées, donc glissantes. Rajiv prévient à chaque fois. « Attention sir, ça glisse, attention ». Le « sir », c’est moi J… A un moment il le fait un peu différemment. « Attention sir, ça glisse, attentiiiioooooooonnnnnnn ! Nous le retrouverons quelques mètres plus bas, sans dégâts. Au cas où je n’aurais pas pu apprécier tout le comique de la situation, Rajiv me rejouera la scène un peu plus tard. Nous finissons quand même par sortir en haut du col et par un sous-bois nous rejoignons le hameau.
Une quinzaine de personnes sont là. Toutes les maisons sont ouvertes et les personnes passent le l’une à l’autre, manger, discuter, prendre le thé. Impossible de dire chez qui on est. Je passe aussi de maison en maison, discuter et jouer avec les enfants, regarder les cuisinières s’affairer aux fourneaux, prendre un cours de broderie avec une des filles de Mino. La soirée est agréable, les gens sont rieurs, bon enfant. Rajiv me dit tu dors ou tu veux. Le repas pris, je me rends dans la maison de Mino pour y passer la nuit. Mino me cède son lit. Rajiv dormira sur un bas flanc en béton et Mino par terre. Aucun confort dans ces maisons. Une pièce unique, dans angle un coin cuisine une étagère pour les ustensiles et c’est tout. Pas de chauffage, pas d’eau courante, mais de l’électricité et la télé par satellite.
Après une nuit difficile, le matelas de Mino n’ayant de matelas que le nom, et un petit déjeuné au lait cru de Buffalo, je reprends la route avec Rajiv. On grimpe tout en haut d’une colline, puis la redescendons par une vallée étroite et très humides jusqu’à un village. Il nous a fallu trois heures pour faire ce bout de chemin sans trop traîner, puis pause déjeuner dans un village. Au moment de repartir Rajiv rencontre un ami à lui qui lui propose de le ravitailler en « Marie Jeanne ». C’est vrai que mon guide n’a pour le moment pas encore fumé. Rajiv me demande s’il peut s’absenter cinq minutes et part faire ses emplettes. Je reste seul assis sur un muret. Un hurlulerlu qui n’a visiblement plus soif s’approche de moi. Il tient à peine debout et tente d’engager la conversation. Comme je ne comprends rien à ce qu’il tente de me dire l’individu s’énerve. Un groupe d’indien qui est à proximité suit ce qui se passe de près. L’homme tente de m’agripper la main afin que je le suive. Je le repousse sans violence, mais fermement. Il se recule alors de quelques pas, soulève son sari et commence à pisser. Il est alors chassé à coup de bâton par les habitants du village qui le surveillait. Rajiv fini par revenir et nous reprenons la route. Nous traversons rivières et plantations de thé tout l’après-midi. Le paysage est sublime, les gens accueillants, c’est un vrai bonheur. 
Nous arrivons en fin d’après-midi au village ou vit Rajiv. Il m’invite à boire le thé et à manger chez lui. Il vit dans une maison simple, au sol en terre battu avec sa femme et ses deux fils. Moment de partage sympa et convivial autour d’un plat de riz et de quelques chappattis, puis c’est le retour sur Ooty. Je rêve d’une bonne douche chaude. Elle sera froide par une température d’à peine une dizaine de dégrée….
Je suis resté cinq jours dans la région. J’ai adoré. Ici, ce n’est pas tout à fait l’Inde. Les gens sont accueillants et souriants. Peu, voir pas de touristes, je n’ai rencontré ici aucun européen. Aucun chauffeur de rickshaw ne m’a couru après. Personne de m’a demandé « what’s your name ou commentoutoupel ? ». Les montagnes ne ressemblent pas à des poubelles. Une certaine conscience écologiste semble être de mise, même si aux vues des standards couramment admis chez nous on est encore loin du compte. On trouve des poubelles dans les rues d’Ooty et en plus les gens les utilisent. Me voici donc après ce séjour en altitude regonflé à bloc et prêt à reprendre la route pour le Kérala.










lundi 13 octobre 2014

Annecdotes


OOTY, Tamil Nadu

Distance parcourue depuis le départ : 12239 km

Ou est Michel ? : Par ici.

Proposition malhonnête :

J’étais à Hampi. J’avais choisi de visiter le site à vélo et de partir tôt afin d’éviter les grosses chaleurs. A l’entrée d’un site magnifique un gardien est là, en uniforme. La masse des touristes n’est pas  encore arrivée et je suis seul sur le site. Bientôt le gardien me rejoint et entame la conversation dans un anglais plus qu’approximatif. A un moment, il me montre son dos et me dit « packing ? ». Je pense qu’il me demande si je suis un « back packer », c’est-à-dire si je voyage sac sur le dos. Je lui réponds donc oui et continue la visite. Il m’invite à de le suivre. C’est fréquent ici, chaque gardien voulant montrer les plus beaux endroits du site afin de glaner quelques roupies. Il m’entraîne derrière un grand mur. Devant moi un champ de ruines, rien de remarquable la région en est remplie. Il me demande à nouveau «  Packing ? » en me montrant de nouveau ses reins. Etant toujours sur la même supposition je réponds à nouveau oui, puis tourne les talons vers l’intérieur du temple. Le gardien me suit. L’endroit est sombre mais magnifique. Le gardien me montre une ou deux sculptures puis demande à nouveau « Packing ? ».
N’étant plus sûr de rien, je lui dis que je ne comprends pas. Il me désigne alors ses fesses et de son autre main, mon sexe. Tout deviens plus clair…. Depuis le début le bellâtre me dit « fucking ? ». Dans un grand éclat de rire, je décline poliment la proposition. L’homme se confond en excuse et disparaît.
J’ai un de ces succès moi J


Braquage :

J’étais à Badami. Je flânais, faisant le tour du lac. Tenaillé par la faim je m’arrêtai dans une échoppe acheter quelques gourmandises. Oubliant que l’endroit était peuplé de singes, je cheminais paisiblement mon paquet de biscuits à la main. Bien mal m’en a pris. Quelques dizaines de mètres plus loin j’étais sommé par un gros mâle de partager les gâteaux. A la question la bourse ou la vie, j’ai toujours pensé qu’il était préférable d’opter pour la seconde hypothèse .J’ai donc préféré jouer profil bas et abandonner l’intégralité du butin au bandit de grand chemin qui, son forfait accomplit, fila sans se retourner.
J’ai quand même racheté des gâteaux, mais je les ai mangés dans ma chambre….


Au musée, on ne plaisante pas :

Je visitais le musée d’art de Mysore. Enfin, le musée…Ici on l’appelle comme ça mais en fait l’endroit tiens plus d’un cabinet de curiosités que d’un musée tel qu’on l’entend dans nos contrée. Un groupe d’une vingtaine d’adolescent me précède. Ils chahutent gentiment, mais bruyamment. Les gardiens ont des sifflets et sifflent chaque fois qu’ils veulent interpeller quelqu’un. Autant vous dire que ça siffle plus que lors d’un match de la Section Paloise. Mais tout à coup, l’agitation se calme. Un autre gardien vient de rentrer dans la salle. Il porte en bandoulière un fusil de chasse…
Il suivra le groupe pas à pas jusqu’à la sortie, ne les quittant pas d’une semelle. J’ai pu terminer ma visite dans le calme J.

Et pour rassurer tout le monde, j'ai même pas entendu parler du cyclone...







vendredi 10 octobre 2014

Céleste


Hampi, Karantaka

Distance parcourue depuis le départ : 11347 km

Ou est Michel ? : Par ici.

C’est juste après la sieste que j’ai rencontré Céleste.
L’agence de voyage ou j’avais prévu d’acheter mon billet de train pour l’étape suivante étant temporairement fermée, j’avais décidé d’aller trainer mes guêtres aux environs du « Virupaksha », un temple monumental à deux pas de mon hôtel. Bien m’en a pris.

Je l’ai d’abord entendue arrivée. Enfin pour être précis j’ai d’abord entendu son camion. Elle était sur le plateau, seule, indifférente à la foule des badauds qui ne manquaient pas de se retourner sur son passage. Il faut dire que l’attelage était pour le moins incongru, une éléphante se promenant ainsi passe difficilement inaperçue.


D’une manœuvre habile, le conducteur du camion positionnât son engin « à quai », juste sur le parvis du temple et le cornac descendu du camion ouvrit la ridelle. D’une voix douce il s’adressa à Céleste qui entreprit de se retourner et sans faire de manière descendit du camion. Visiblement elle savait où elle allait, car elle obliquât sur sa droite et sans hésitation se mit en chemin. C’est là que je l’ai vu de près. En effet, subjugué par ce spectacle je m’étais positionné contre le mur du temple sans me douter un instant que Céleste n’allait pas au temple, mais faire ses ablutions. J’étais sur son chemin et c’est le dos collé au mur que je la regardais passer. 
Elle avançait d’un pas tranquille. Enfin, tranquille pour un éléphant, car pour un homme c’est plutôt un bon rythme. Son cornac derrière elle lui adressait juste quelques mots auxquels elle réagissait prestement. Sur son passage, pas mal d’Indien semblaient voir passer « Ganesh ». Ils la touchaient, puis portaient la main à leur front. L’un d’eux lui offrit même un régime de bananes, qu’elle engloutit en une bouchée. Elle fit une pose ou elle ramassât de la poussière pour s’en asperger puis repris son chemin, descendant sur les ghats au bord du fleuve en empruntant les escaliers comme tout le monde.

J’ai ensuite assisté au bain de Céleste. Une fois dans l’eau, elle commença par s’asperger très consciencieusement. Elle n’oublia pas un seul endroit. Ce n’est pas comme ces rouleaux à la noix où l’on lave nos voitures. Non, là elle a fait tout bien, elle n’avait plus un poil de sec.
Un Indien vêtu d’un sari orange c’est alors approché à environ un mètre face à elle, tête basse et mains jointes. Le cornac prononça un mot. Doucement. Céleste commença alors à asperger copieusement son admirateur. Jugeant sans doute avoir eu son compte d’eau, l’inconditionnel se retira après quelques « giclées » en remerciant Céleste par quelques prosternations.

En s’adressant à Céleste toujours d’un ton étonnamment doux le cornac la fit se coucher sur le flanc puis commença à la laver aidé d’un acolyte. Les Gestes étaient vigoureux, mais empreint d’un grande attention, je dirais presque de tendresse. Céleste semblait « aux anges ».
Puis elle se releva. Propre. Enfin presque, car le cornac dit lui dit encore juste un mot, puis passa derrière elle, se baissa et à deux mains entrepris de lui frictionner la vulve….Moi, là, je dis chapeau ! Faut oser ! Je peux vous assurer qu’à ce moment-là, j’ai dû me pincer pour vérifier que je n’étais plus dans mon lit en train de rêver.

Ceci fait, Céleste embarqua à son bord son Cornac et son acolyte, puis toujours par l’escalier elle rejoignit le temple ou elle fit une entrée très remarquée.

Ici, c’est Hampi. Un ensemble monumental de 400 temples sur une surface de 30 kilomètres carrés.
En descendant du bus ce matin, ivre de fatigue, j’ai ouvert grand les yeux dit « Waouhhhh ». La seule autre fois dans ma vie ou j’ai dit ça devant un monument, c’était à Bagan en Birmanie.

Incrédible India !

NB : Pour les ignares ou les plus jeunes, je précise que Céleste est l'épouse de Babar....





mercredi 8 octobre 2014

Goa


Palolem beach, état de GOA

Distance parcourue depuis le départ : 11447 km

Ou est Michel ? : Par ici.

Suites aux péripéties survenues à Agra et pour ne pas laisser Dara seule en attendant son évacuation, j’ai dû annuler mon billet de train pour Varanasi. C’est donc au moment de reprendre la route que j’ai appris qu’une période de six jours fériés consécutifs, venait de commencer. Bien évidemment, tous les indiens bougeant durant ces fêtes, il n’y avait plus un seul billet de train disponible. J’étais donc bloqué à Agra pour six jours, si je voulais continuer mon périple en direction de Varanasi et la vallée du Gange. Bon, pour tout vous dire, la situation ne m’enchantait pas vraiment. Il fallait que je bouge et quand on a un blog s’intitulant « au gré du vent », il convient de savoir faire preuve de capacités d’adaptation. Malgré mes recherches, la seule échappatoire possible était New Delhi, mais là aussi je me retrouvais bloqué six jours…Sauf qu’à New Delhli, il y a un aéroport….Je consultai la liste des destinations possibles et décidais sur le champ de filer sur Goa, abandonnant prématurément le nord. Que voulez-vous, en Inde aussi, le sud, ça attire...

C’est en sortant de l’aéroport de Goa, que j’ai fait la connaissance de Mathieu et Yonaël. Ils cherchaient un taxi, moi aussi. Nous avons donc décidé de faire cause commune. Je n’avais pas de plan précis, si ce n’est que je préférais me diriger vers le sud de l’état. Eux voulaient aller dans le nord. Deux contre un. La cause était entendue, je montais dans le taxi direction Anjuna, petite station balnéaire connue pour ses soirées débridées sur la plage. 
Durant le voyage, je faisais connaissance avec mes nouveaux compagnons de route. Yonaël, vit en Inde depuis plus de trois ans, dans un village à trois heures de route de Bombay. Ce passionné de spiritueux originaire de Cognac est venu en inde relever un défi. Créer le premier « Brandy » Indien digne de ce nom. Petite précision le « Cognac » étant une appellation d’origine contrôlée, seul le « brandy » originaire de la région peut porter le nom de « Cognac ». Bon là, je vous la fait courte, mais Yonaël en vrai passionné aurait pu vous en parler durant quelques heures… Mathieu est un ami à lui, marin pompier à Marseille qui est venu lui rendre visite trois semaines. Ce sont deux joyeux lurons et c'est avec plaisir que je vais passer avec eux les quelques jours prévus ici.

Arrivé à Anjuna, nous galérons pas mal à trouver un hébergement. A l’occasion de cette période de fêtes, beaucoup de monde a eu la même idée que nous. Toutes les guest houses sont complètes, mais nous finissons quand même par trouver une chambre. Certes, elle n’est guère « cosy », il n’y a que deux lits pour trois, la douche est collective, mais c’est ça ou dormir sur la plage. Goa est heureusement un endroit plutôt festif, ce qui nous a permis de passer une bonne partie de la nuit dehors et de ne pas trop souffrir de l’inconfort relatif de notre logement.

Le lendemain matin, nous décidons de descendre 70 kilomètres plus au sud, à Palolem beach une station balnéaire réputée pour la beauté de sa plage et l’ambiance « bon enfant » qui y règne. Petite précision, quand je dis station balnéaire, de devrais préciser « indienne ». C’est-à-dire que si ici en effet, la plage est jolie et bordée de cocotier, le reste du décor est typiquement local. Se mêle ici pécheurs, touristes indiens et étrangers et vaches. Elles aussi ont bien le droit à un peu de détente non ?

 Mais l’endroit est sympathique. On y trouve de bons restaurants de poisson et de la bière fraiche. Les pécheurs proposent le soir venu de des ballades dans leurs barques pour aller voir les dauphins…


Bref, rien à voir avec l’ambiance du nord de l’Inde. Je profite de cette petite parenthèse au bord de l’océan indien pour reprendre des forces. Ça me fait du bien. Prochaine destination, Hampi puis le Kérala. Je suis dans mon voyage et j’y suis bien… J

Un grand merci à mes petits camarades pour ce bout de route. Vous avez été au top !





vendredi 3 octobre 2014

Aucune rencontre n'arrive pas hasard.



Agra, Vallée du Gange

Distance parcourue depuis le départ : 9389 km

Ou est Michel ? : Par ici.

Aucune rencontre n’arrive par hasard, est le titre d’un livre de Kay Pollack, que j’ai eu sur mon chevet pendant quelque temps. Et si c’était vrai ?

Après avoir quitté Jaipur, le train entre maintenant en gare d’Agra, ville du Taj Mahal, sans aucun doute le plus beau monument indien. C’est donc très touristique et comme de bien entendu à la sortie de la gare, quelques dizaines de conducteur de tuktuk attendent les touristes pour les conduire dans des hôtels avec qui ils sont en combine et qui leur reverseront une commission.
Je suis en compagnie de Dara, équipière de voyage pour ce bout de route. En « routard » nous avons l’habitude de gérer ces situations. A peine dehors, un homme âgé, s’approche de nous. Trop vieux pour être un chauffeur de tuktuk, plutôt un taxi me dis-je. Il a les yeux rieurs, est souriant, jovial, le visage est rond, chauve et une jolie moustache poivre et sel barre son visage. Il porte une paire de lunette à monture épaisse. Nous nous accordons sur le prix de la course et comme il est d’accord pour nous emmener à l’hôtel que nous avions sélectionné dans le guide du routard, nous montons dans son tuktuk.

Il fait beau, la circulation est fluide. Nous roulons depuis quelques centaines de mètres seulement. Je me sens bien, heureux de vivre. Notre chauffeur Ameen, roule tout doucement, tranquillement, on dirait qu’il prend plaisir lui aussi à nous transporter. Bref, c’est harmonieux. Je me tourne alors vers Dara et je lui dis : « Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que ce gars-là, n’est pas sur notre route par hasard. Je sens qu’on peut lui faire confiance. ».

Pour nous montrer le Taj Mahal, Ameen s’arrête sur le bord de la route. Nous apercevons le monument au loin. Nous discutons un moment et Ameen fini par nous lâcher que notre hôtel est beaucoup trop excentré et nous propose de nous conduire dans une guest house, plus centrale et offrant les mêmes tarifs et les mêmes prestations que celle que nous avions sélectionnée. J’en discute avec Dara, et d’un commun accord, nous décidons d’écouter notre instinct et de lui faire confiance. L’animal est habile... Il nous conduit donc oh surprise, dans un établissement à deux pas du Taj Mahal qui figure lui aussi dans le routard et dont il est dit le plus grand bien, ce qui se vérifiera par la suite.

Au moment de régler Ameen, je lui demande s’il peut nous organiser les transports et les visites sur deux jours. Il est en effet préférable, dans une ville aussi touristique de louer les services d’un tuktuk à la demi-journée ou à la journée. Cela évite entre autre d’être harcelé à chaque instant. Il me propose un projet qui nous convient. Nous allons donc passer deux jours ensemble.
Le premier jour le contact s’établit doucement. L’homme parle peu, mais sourit et rit beaucoup. Il roule à deux à l’heure, prenant son temps ce qui ici est carrément anachronique. Quelque chose me trouble cependant mais je ne peux pas dire encore quoi. Chaque fois qu’il me parle, il se retourne franchement où alors s’arrange pour me regarder dans son rétroviseur. Le calme de cet homme m’intrique. Dans cette circulation effrénée, il ne se laisse jamais perturber pas les coups de klaxons. Alors que nous marchons vers un monument Ameen est un mètre devant moi, je lui pose une question. Il ne répond pas. Je me porte à sa hauteur et répète ma question. Toujours pas de réponse.
Je m’aperçois que je ne suis pas dans son champ visuel et là, ça fait tilt. Ameen est dur d’oreille. Pas sourd, mais simplement dur de la feuille.

Le second jour, après avoir vu le Taj Mahal au lever du soleil, nous partons pour « Fathepur Sikri » un site à 40 kilomètre d’Agra. Ameen nous fournit un taxi et son chauffeur. La visite achevée, alors que nous marchons sur le trottoir tout bascule. Dara qui marche à ma droite, pousse un cri et je jette brusquement sur le côté. Dans son mouvement elle me heurte et me déséquilibre, m’entraînant dans sa chute. Nous tombons. Du coin de l’œil, j’aperçois un serpent et je comprends immédiatement qu’il est la cause de ce qui est en train de se passer. A cet endroit-là, le trottoir est haut de plus de 50 centimètres. Durant la seconde que dure la chute, plein de choses me traversent l’esprit. Le serpent a-t’ il mordu Dara ? Elle crie. Peur ? Douleur ? Nous chutons lourdement sur la route. Elle dessous, moi par-dessus. Les cris redoublent. Tout s’est passé si vite. Non, elle n’a pas été mordue. Au moment de poser son pied sur la bestiole, elle a juste eu le réflexe de sauter. Par contre dans la chute, je suis tombé sur son genou. Elle a très mal et juste sous le genou apparaît déjà un hématome. Un passant s’arrête, puis deux, puis d’autres. Je m’arrange pour prévenir le taxi qui vient nous chercher. C’est un peu le « Bronx » autour de nous. J’entends un passant expliquer aux policiers qui arrivent que nous venons d’être victime d’une « monkey attack » ! Une attaque de singe !!! J’interviens pour dire qu’il ne s’agit pas de ça, mais d’un serpent. Le flic me regarde tout penaud et me dit «  ah ok ». Nous filons en taxi vers Agra. En route on s’arrête acheter de la glace et du paracétamol. Une heure plus tard nous sommes devant l’hôtel ou nous attend Ameen prévenu par le taxi. Il décide de nous conduire à l’hôpital public et pas dans une clinique privée.

Nous arrivons à l’hôpital, les formalités d’accès sont brèves. On dépose Dara dans une chaise roulante et nous nous rendons aux urgences. Je reste avec elle, tandis qu’Ameen entre dans un bureau. Cinq minutes passent quand j’entends des éclats de voix. Je me renseigne. L’hôpital public ne veut pas nous accepter et souhaite nous diriger vers une clinique privée. Le ton monte. Ameen est entouré de six personnes. Il parle fort, pointe du doigt. Je demande des explications. Un interne me répond que le médecin spécialisé en orthopédie n’est pas là, qu’il est rentré chez lui. Amen soutient que c’est faux et qu’il est hors de question que nous allions ailleurs. De son point de vue, ce n’est pas parce que nous sommes des étrangers que nous devons être dirigés vers une clinique privée ou l’on va nous demander de fortes sommes pour les soins au prétexte que ce sont les assurances qui vont payer. Pendant que je discute avec l’interne, Ameen a changé de bureau. Ça hurle de nouveau. Ameen menace d’appeler la presse si le médecin n’est pas là dans les 20 minutes qui suivent et miracle, quelques minutes après le médecin fait son entrée. Il regarde rapidement la jambe et décide qu’il n’y a pas de fracture. Il passe sur l’hématome une pommade et bande le tout. Je demande à ce qu’une radio soit effectuée. Il refuse. Ameen prend alors le relais et dit au médecin : « OK, pas de radio, mais en sortant d’ici on va aller en faire une dans une clinique et si il y a fracture, j’appelle la presse et je leur fourni la radio ». A contre cœur le médecin nous dirige vers le service radiologie.

C’est au sous-sol de l’hôpital. Dara est allongée sous l’appareil à rayon X. Deux assistants la maintiennent en place. Quelques curieux sont là et regarde à un mètre à peine, on se demande ce qu’ils foutent là. Il y a en tout huit personnes dans la salle. Le radiologue se dirige vers sa console. Je comprends immédiatement qu’il ne va faire sortir personne de la pièce. Je décide de sortir rapidement et en effet, il prend deux clichés. C’est hallucinant ! Les assistants qui maintiennent les patients doivent prendre des doses de rayon à longueur de journée ! Puis le radiologue s’éclipse dans son bureau. Je la joue à l’indienne et rentre derrière lui sans rien demander et regarde les clichés. C’est net. Il y a bien fracture du plateau tibial.
Nous remontons voir le médecin. Il nous prend à par Ameen et moi dans son bureau et demande de but en blanc à Ameen : «  pour quelle ONG travaillez-vous ? ». Dans un éclat de rire celui-ci lui répond qu’il n’est qu’un simple « tuktuk driver » en qu’il ne travaille que pour son pays ! L’homme de l’art prescrit alors quelques cachets contre la douleur et nous demande de revenir le lendemain pour pouvoir plâtrer la jambe. Sur le chemin du retour nous nous arrêtons dans une pharmacie. Au moment de payer, alors que je sors un billet de 100 roupies (1,25 €), le pharmacien m’annonce que je lui dois 10 roupies (12,5 centimes). Ameen part alors dans un grand éclat de rire. Je me tourne vers lui, il est plié en deux et pleure de rire il me lance en enlevant ses lunettes pour sécher ses larmes : « Incrédible India ». C’est le slogan que l’on voit sur les affiches vantant le tourisme en Inde… Oui, vraiment, incrédible India !

Rentré à l’hôtel, Dara appelle son assistance. Elle va être prise en charge et rapatriée. Le médecin français nous demande de surtout refuser toute opération, d’immobiliser la jambe avec une attelle et se nous procurer des béquilles. Je demande à Ameen de me conduire dans une boutique ou je vais pouvoir trouver ça. C’est à l’autre bout de la ville. En effet ici les commerces sont organisés par quartier. Là, le quartier des tissus, ici celui du cuir etc…C’est un ami d’Ameen qui va m’y conduire. Nous voilà en route. Il est 19 heures. Il y a beaucoup de circulation et en centre-ville, nous tombons sur un embouteillage monstrueux. Nous sommes bloqués à un carrefour. Moto, rikshaw, vélo, auto, charrettes , vaches, chevaux. Il fait nuit. Il fait chaud, je suis en nage. Ça klaxonne de partout. Tous les véhicules se touchent. Les roues sont imbriqués les unes dans les autres. Les piétons qui traversent, passent par-dessus les voitures, enfourchent les motos, traversent les tuktuk, du coin de  l’œil j’en aperçois un passer à quatre pattes sous un cheval attelé et là, je tourne la tête sur ma droite. Un indien est là. Il me dévisage. Il tient en laisse une chèvre. La biquette, porte un collier de perle rose fluo ! J’hallucine ! Je rêve ! Me vient alors à l’esprit la vision d’une scène d’un album d’Astérix. Celle ou un légionnaire romain s’enfuit en courant du village gaulois en criant : «  ils sont fous ces gaulois ! ». Ce soir, après cette journée, fatigué, je suis un légionnaire romain perdu dans un village gaulois….

Vingt et une heure. Je suis de retour à l’hôtel et je prends un verre sur la terrasse avec Ameen qui est venu aux nouvelles. Il m’explique son point de vue. C’est un homme droit. Intègre. Il n’admet pas pour son pays des comportements pareils. C’est pour lui une insulte. Il a menacé d’appeler la presse car il y a quelques années un scandale impliquant des médecins a secoué la ville. Des restaurateurs indélicats intoxiquaient leurs clients, puis les dirigeaient vers des cliniques privées ou ils étaient soignés à des prix exorbitants. Les assurances payaient. Les ambassades étrangères, devant l’afflux soudain de cas d’intoxications alimentaires ont levé le lièvre. Seul un médecin a été arrêté. Ameen ne veux plus de ça pour sa ville, pour son pays. 
En nous conduisant dans une clinique privée, Ameen me confie qu'il aurait sans doute touché une commission de 1000 roupies. Le praticien en aurait facturé 40 000 à l'assurance....
 " but i don't want to do it. I don't want to kill tourism. I prefere working hard to get money.... This is not my way.'....

Que dire de plus.....